Claélia, la dompteuse du Tibre
  • Texte corrigé par l'Auteur et Fabuliste David Claude

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Claélia1, la dompteuse du Tibre2

Les armes arrachent la chair,
L’amour plus durement le cœur s’il est délétère

L’autonome était encore doux même s’il avait déjà couvert le feuillage des arbres d’un poison ocre qui s’avérerait bientôt mortel. L’été avait été moite et étouffant, balayant de ses souffles chauds toutes les tentatives de Porsenna3 de ravager la cité de Rome.
Au début de cette saison maudite, un seul homme avait renversé son armée ! Horatius Coclès ! Soit maudit !
Un borgne qui plus est : celui-là avait depuis le pont du Tibre, seul accès à la cité, tenu en respect les troupes Étrusques jusqu’à l’effondrement de l’édifice… Ce « héros » romain y avait gagné sa légende pour l’éternité et une infirmité de plus, une blessure le laissant boiteux. Porsenna ne serait pas non plus oublié de l’Histoire, mais comme l’être ridicule capable d’être défait par un éclopé ! Le Roi Étrusque ne s’en était pourtant pas laissé compter et avait édifié un siège implacable autour de la cité, la privant de tout.

Mais la fournaise du milieu de l’été avait failli l’emporter cette fois jusqu’à ses enfers : un tueur venu de la cité pour le supprimer au sein de son camp ! Caius Mucius Scaevola4 ! Ce jeune Romain était d’ailleurs parvenu à ses fins…
… non de tuer Porsenna, mais d’assassiner un de ses proches conseillers qu’il avait pris pour le Roi ennemi ! Aussitôt emmené face à celui qui par cette méprise avait échappé à la mort, choquant celui-ci, il mit de lui-même sa main meurtrière dans les flammes d’un brasero à ses côtés. Le temps que Porsenna ordonne qu’on l’écarte du foyer, le feu avait déjà ravagé les chairs du dément… qui, avec une certaine forfanterie et sans laisser paraître la moindre douleur, clama que comme lui et pour Rome, des centaines d’autres s’apprêtaient à s’infiltrer jusqu’au cœur des Étrusques et de leur potentat : et il y aurait bien un de leur poignard pour se figer dans son cœur !

Fin de l’Automne, An 507 avant l’ère commune, sur la rive du Tibre

Pourquoi cette cité naissante de Rome était-elle mue déjà d’une telle détermination à résister ? Pas un des partisans de cette République, inédite et exécrant tout pouvoir monarchique, n’aurait hésité à sacrifier sa vie pour que perdure le rêve et l’idéal Romain.
Des hommes incroyables et des exploits légendaires naissaient avec elle tel celui de ce Horatius Coclès5, seul sur son pont, seul contre une armée, peut-être le premier Romain à marquer l’Histoire après leurs fondateurs, Romulus et Rémus – qui alors, mêmes chez les plus fidèles Patriciens, aurait pu augurer du Destin de Rome et de son plus illustre conquérant, César ? – oui, Horatius fut seul contre tous mais surtout laissa Porsenna seul idiot de cette fameuse Histoire !

Le Roi Étrusque méprisait ces fanatiques romains, des hommes insensés…
… toutefois, il appréciait leurs femmes !
Et plus encore la plus belle de toute, son otage, la si désirable Claélia.

Sauvage, effrontée, de longs cheveux noirs, des yeux durs mais une peau douce, des courbes félines aussi lascives que dangereuses : quand Porsenna l’avait vu parmi toutes les otages Romaines, son cœur avait battu plus rapidement. Il avait remarqué que ses compagnonnes, ingénues et craintives, s’en remettaient à elle, plus sereine, peut-être aussi plus maligne.
Elle avait attrapé son regard. Elle ne l’avait pas quitté sans qu’il sache ce que celui-ci traduisait : folie, défi, intérêt, fascination…

Mais qu’avait-il à craindre.

Il l’avait fait venir plusieurs fois à sa cour, prétextant de parler des conditions du statut des otages, de leur traitement et autres excuses, simplement pour la voir. Certes son pouvoir de potentat aurait pu assouvir ses désirs mais il était animé d’un sentiment sincère que secrètement il espérait réciproque.
Alors, quand elle avait dit souffrir de la chaleur et qu’elle donnerait jusqu’à son âme pour se glisser dans les eaux fraîches du Tibre, il ne s’en laissa pas compter, insistant pour l’accompagner jusqu’à la rive du fleuve…

Et si elle était déjà ardente à peine vêtue, elle ravageait de feu la virilité du Roi à l’imaginer nue !

« Ô ! belles Ondines,
Venez sans craintes
Car mes intentions ne sont pas feintes,
Ô ! belles Divines,
Soyons réunis ensemble
Même si on ne se ressemble !
»

Le chant hypnotisa aussitôt Porsenna, plutôt une prière capable d’agenouiller qui pour l’entendre… et il s’agenouilla, lui un Roi, là sur la rive du Tibre, aux genoux de la belle Claélia. Elle n’était vêtue que d’une toge légère et transparente qui, déjà humide, collait à sa peau si désirable. Elle riait alors, heureuse de ressentir la fraicheur des eaux et de deviner l’ardeur de son insensé geôlier qui était peu à peu prisonnier de ses charmes.
À contrario de son chant, elle feignait l’innocence. Cela en était d’autant plus excitant pour le potentat.

« Il serait dommage que vous ne profitiez de cette nage ! Ôtons nos apparats, juste pour oublier un instant nos conditions…

- Ôteras-tu ce drap qui entrave ta grâce ?

- Si tel est ton vœu… mais ordonne à ta garde de se retirer, je ne veux être observé par ces hommes rustres et sans manières pour les Dames. »

Cela fut ordonné…
… et le Roi fut nu !

Ventripotent, une masse de poils semblable à un pelage couvrant les épaules jusqu’au dos, là sans ses colifichets, bracelets, tissus et armure royale, l’homme était sans charisme… et on aurait même facilement ri de lui car à le voir comme au jour de sa naissance, l’eau jusqu’à la taille, l’effet était presque comique.
Ses intentions l’étaient moins et on devinait, sous son ventre, un membre viril en plein désir.
Elle, elle était splendide, semblable à une Océanide à la peau satinée, sucrée et aussi douce que l’eau baignant ses seins lourds et à la rondeur parfaite. Ses cheveux s’étalaient autour d’elle sur la surface des eaux comme un lit d’algue invitant aux rêves de chair et plus encore à leurs péchés. D’ailleurs elle s’était approchée de Porsenna, sa poitrine frôlant déjà la sienne ; lui ressentait chacun des imperceptibles mouvements animant le cœur de la belle…

« Ô, mon Roi ! »

Elle avait glissé l’une de ses jambes contre l’attribut masculin. Porsenna avait failli se relâcher mais s’était retenu tant bien que mal, le feu coulant dans ses veines étant insupportable à contenir. C’est alors qu’elle avait détaché de son cou une bande de tissu, la passant autour de la tête du Roi, pour lui bander les yeux.
Celui-là avait ri à son tour, trouvant sens à ce jeu excitant d’autant plus les siens propres, si l’on pouvait dire…

Mais cette fois le Roi, déjà nu, devint aveugle !

Occultée l’est parfois également l’Histoire…
… que savons-nous de ce que l’un a rapporté d’un autre ? Le temps ronge les mémoires et on prête gloire et exploit là où il n’y a parfois que chance ou folie. Peu se souviennent de Porsenna, le farfelu Roi Étrusque dont on dit qu’il fut retrouvé nu pataugeant à la recherche d’une Sirène échappée dans les eaux du Tibre ; Peut-être les rires de ses hommes avaient-ils résonné si fort qu’ils avaient traversé les âges jusqu’à nous ! Et Claélia ? On dit que Rome la couvrit de gloire et lui offrit un cheval pour saluer sa fuite si astucieuse… des statues existent encore pour attester de son passage.
Moins glorieux aurait été le chantage de Porsenna exigeant que les Romains lui livrent de nouveau la captive… ce qui fut fait ! Mais, magnanime et toujours amoureux, celui-ci la relâcha, regagnant un peu de sa superbe. Elle, toujours aussi impétueuse, revint à Rome avec les enfants et femmes otages de la cour du Roi, condition à son retour !

Voyez, les légendes n’ont pas pour dogme leur véracité mais leur symbole… Et, ici, tout homme s’il se gausse du pauvre Porsenna sait bien que quelque Claélia le mettrait tout autant à nu !

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