De l'Art et du Cochon

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De l'Art et du Cochon

Il était un Cochon
Qui avait choisi du peintre le tablier,
Du moins pour pinceau en avait-il le pied,
Plutôt que du boucher le torchon.
Se voulant artiste en sa fange,
Il y traçait boueuses arabesques
Qu’il disait fresques
Pareilles au grand Michel-Ange.
Mais voilà,
Qu’il manqua de talent
Ou qu’à celui-là
On y soit indifférent,
Si de son empreinte il ne s’en faisait un nom
Il finirait bel et bien en jambon !
Modelant le lisier avec soin
Le voilà sculptant tel Rodin…
… Mais non d’un groin,
On le menace toujours du boudin !
Bientôt arrive la foire
Et toujours pas de gloire.
N’en est pas qui veut la bête
Et il lui faut amuser le profane
Au risque de la couenne
S’en voir par le charcutier découper en côtelettes !
Alors lui vient belle idée de Porc
De mettre en scène, tel Molière ce génie,
De lascives, et peu savantes, Truies en habits
S’en effeuillant jusqu’à mettre mamelles toutes dehors !
On rit gras
A ce spectacle grivois et plat
Mais de viande chez les mangeurs
On n’en a pas toujours de bon le cœur.
Il en est ainsi fini
De notre artiste
A qui on préfère la saucisse !
De poète maudit
Au moins notre pauvre Goret
De se consoler
D’en partager un même Destin,
Tout autant écorché vif !

Du lard on sait toujours à la fin
Que le Verrat en est le naïf.
Mais de l’Art ou du Cochon
C’est souvent plus à ce dernier souillon
Qu’il en est quelques uns
Passant de l’autre pour génie contemporain !

Auteur : Val


  • Références : Pour ceux l’ignorant encore, Michel-Ange, Molière et Rodin furent respectivement Peintre, Dramaturge et Sculpteur de génie et de renom en leur temps et au-delà.
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(tiré de l'ouvrage édité : Le Fablier de Val)

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