La Blatte transformiste

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La Blatte transformiste

Une Blatte avait le cafard,
Paradoxe, je le sais, trop attendu ;
Mais d’un éponyme cousin tout aussi hurluberlu
Qui pour la petite histoire
A vouloir trop approcher la lumière,
Aveuglé, en était tombé de scène

Elle traînait même peine,
Désirant quitter ses sombres repaires
Pour se parer d’éclats
Autre que ceux ternes des siens, tristes Cancrelats ;
Oui, devenir artiste
Et même transformiste,
La voilà la belle idée !
Aussitôt notre pâle Brachetti
De se faire de tous le sosie :
Détritus et déchets glanés
Lui font de chacun le costume ;
La peau d’un agrume ?
Du feu de la Salamandre,
C’est à s’y méprendre !
Une feuille de fenouil ?
Du vert et jaune d’une Grenouille
C’est à s’y tromper !
Du jus d’une Cerise grimé ?
D’une écarlate Coccinelle
On pense sa robe aussi originelle ;
Ornée même de quelques plumes
Et voilà assez de volume
Pour faire croire à Pie,
Enfin à sa queue… Couvert d’une, c’est ainsi
Que notre drôle, d’un de ces volatiles, pris pour défi
D’aller parader sous son nid !
Mais notre cas, fardé de tant de teint
Qu’on aurait dit Arlequin,
Attira ainsi peinturluré
Seule la becquée
Du perfide Oiseau
Qui l’avalant cessa de quelques mots,
Car il était également bavard,
Le jeu vétillard
De celui qui de Fregoli
N’en eut qu’un même talent, fortuit,
Pour son épitaphe :

De changer de coiffe,
Toujours et quoi qu’on en fasse,
Au-dessous en demeure la même face !

Auteur : Val

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(tiré de l'ouvrage édité : Histoires de Fablesl)

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