La Fourmi et la Cigale

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La Fourmi et la Cigale


Une Fourmi ayant amassée tout l’été
Se trouva forte déconvenue
Au discours entendu
D’une Cigale lui vantant sa liberté :
« Ô petit obéissant Soldat
Je plains vos corvées
Dévolues aux têtes couronnées
Se plaisant à faire dictat
Du moindre de vos actes !
Du Printemps jusqu’à l’Automne
Mêmes travaux monotones
Sans le moindre entracte…
… N’avez-vous donc de pensées
Propres à vous évader
Ou de rêves et chimères
Autre que des devoirs de votre fourmilière ? »
Des distractions peu familières,
C’est là pour le travail
Sa qualité sans failles,

Notre forçat menaça l’Homoptère
De mauvais augure
Qu’à battre durant les mois chauds la seule mesure
Elle n’aurait à la bise venue
Que provisions des plus menues :
« Selon votre aise
À l’air vous semez vos chants ;
De cette récolte, vous en déplaise,
Vous n’aurez sous la mandibule que Vent ! »

Vrombissant ses majestueuses ailes
Notre belle Syndelle
D’alors renverser soudain la Fable
Contre l’Insecte corvéable :
« Ne faites de ma danse mauvaise morale
Car si je virevolte et vibre
C’est pour célébrer ma vie libre ;
Trouver normal
Son statut d’esclave
Est de l’esprit la pire des entraves !
Ne point soulager ma faim
Et me laisser périr de froid
Est bien là votre droit…
… Mais de mon destin,
Quel qu’en soit le prix,
Je l’aurais en juge et arbitre choisi
Et non en idiot utile subi,
Tenez-le vous pour dit ! »

Auteur : Val


  • Homoptère : Ordre de certains insectes.
  • Mécène : Homme politique Romain de l’Antiquité qui par sa fortune promouvait les Arts.
  • Syndelle : Autre nom donné aux Cigales.
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(tiré de l'ouvrage édité : Le Fablier de Val)

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