Langue morte

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Langue morte

Des Fables, de leurs clamées morales,
Jamais que les Animaux les annones
Personne ne s’en étonne,
Trouvant là qu’ils parlent chose bien normale ;
Le Poète Babrius témoigna même d’un âge d’or
Où Bêtes et Hommes
Echangeaient de manière civile et bonhomme…
… Quid alors qu’on en ait perdu le trésor ?

Croyez-le on en dû, du fin mot,
A un Bœuf un peu lourdaud
Plaignant son sort et ses corvées
A un oisif Baudet :
« Moi qui suis docile
A tout je suis servile
Quand toi qui a fichu caractère
A tout est réfractaire !
Pourtant à moi la charrue pour les labours
Mais à toi les caresses et des enfants l’amour ! »
Notre Mule, aussitôt de se faire butée conseillère :
« Et bien à l’aube, bâté d’en prendre mon air… »
On en resta là
Mais le Paysan avait ouï de son bétail les voix ;
Ainsi au premier Soleil levé
De mettre harnais sur notre Mulet
Pour le conduire aux travaux des champs !
A l’écurie, le soir revenu,
Notre Âne le dos fourbu
(Tout le jour sa vengeance ruminant)
De changer de discours
Au Bovidé bien balourd :
« Mon ami, j’en suis désolé,
Mais à tes tâches ayant davantage satisfait,
Demain notre éleveur ira au marché
Vendre ta viande, se faisant boucher ! »
Evidemment, par peur,
Le colosse se remit doublement au labeur…
… Sans en dédouaner son traître
D’être désormais monté par leur fourbe maître ;
Ainsi fâchés, l’un n’ayant plus que beuglement
A l’autre lui renvoyant braiment,
Entre leurs espèces et de tout le règne animal
On ne conversa plus, craignant mal,
Entendu et rapporté par cette histoire !
Et, on l’a dit, faut-il croire
Qu’aux Humains on leur prêta encore moins foi,
Leur restant depuis coi…

Parler à bâton rompu
Fait souvent de le tendre
Pour, à trop se répandre,
En être avec, battu !

Auteur : Val


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(tiré de l'ouvrage édité : Histoires de Fablesl)

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