Le Songe de Kalinka

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On a tant dit sur les Fées… Mais sans rien en savoir ou si peu.
D’ailleurs on ne trouve pas une Fée. C’est elle qui vient à vous et choisi. Oh, elle ne choisie pas avec l’innocence d’une libellule vagabondant de ci de là. Le Destin seul lui désigne une âme…
Pour cela, la Fée à alors un biais particulier pour s’incarner à elle.

Créature sans formes, être polymorphe, elle naît du Songe de celui la rêvant telle une fille de Morphée l’ayant envoyée là.
Et ce Songe qui crée la lumière l’illuminant aux yeux de celui la contemplant ne peut être puisé que par le reflet de ses propres ténèbres… Une Fée est ainsi une bénédiction pour l’âme devenue errante dans son monde onirique. Pourtant la rencontrer est le signe que la malédiction commun à tout mortel a frappé !

Et Kalinka avait été choisi comme messagère pour accompagner les âmes les plus meurtries par ce fléau…

*


Elle s’arracha du néant dans un cri étouffé.
Elle su qu’il n’était pas audible. Un cri, un cri retenu, un cri muet !
Ce cri fut primal, un hurlement contenu, une terrible plainte, une merveilleuse respiration enfin relâchée. Elle était égarée dans le néant depuis qu’elle pouvait penser. Mais elle n’avait de toute façon jamais pu penser qu’avec les ténèbres, la nuit, le noir, le rien, l’impalpable, l’inconnu et la monotonie d’un sens atrocement et tristement infirme.
Ses yeux étaient les plus insensés du monde. On le lui avait dit. Son regard avait une couleur pour les autres… Le lapis-lazuli.
Son regard perçait les âmes. Cela aussi on le lui avait dit.
Mais elle en savait quoi de tout cela ?
Elle connaissait le monde en le touchant. Elle connaissait le monde en le sentant. Elle connaissait le monde en l’entendant.
Elle voyait le monde de l’imaginaire. Parfois elle rêvait de couleurs, de choses se glissant dans ses rêves, de formes oniriques frappant ses cauchemars.
Mais ce n’était là que des sensations mensongères, des illusions douloureuses, des espérances toujours déçues qui s’avéraient à chaque fois insaisissables…

Mais là elle ressenti la vérité.
Elle allait enfin voir par ses yeux glacés ! Elle sentit alors ses souvenirs se perdre. Elle n’arrivait plus à fixer sa mémoire qui se vidait dans le néant qu’elle fuyait déjà.
Ce n’était plus sa préoccupation. Elle avait trop peur de retenir une pensée qui pourrait l’attirer de nouveau dans l’existence passée jusqu’ici.
Elle allait voir ! Elle allait voir !

Et elle vit…

*


Elle ouvrit les yeux !
Des brumes sans souvenirs de son esprit, voilà qu’elle découvrait maintenant un monde peint d’une couleur immaculée et virginale sans plus de sens. Seules les ombres donnant par leur délinéament formes et vie à cet univers inconnu nuançaient l’éclat pur de la blancheur tout autour.
Peu à peu son regard s’accommoda à cet environnement dichotomique.
La couleur jaillit comme si l’on avait allumé milles braseros !
Ce n’était là que ses propres iris, lumineux, translucides aux pupilles comme taillés dans le plus mirifique des lapis-lazuli. Métamorphique, son regard drainait chaque scintillement, chaque particule de lumière autour d’elle, chaque imperceptible changement de nuances trouvant en réponses milles reflets dans ses pupilles.

Mais elle ne savait pas où elle était.
Elle ignorait tout de cet endroit et pire, elle ne se souvenait de rien. Kalinka… Oui, elle pensa s’appeler ainsi. C’était pourtant là son seul amer dans cette forêt de neige enveloppée dans le silence d’une nuit sans étoiles ni lune.
Elle fut interloquée.
Pourquoi usait-elle d’un tel langage ? Pourquoi formait-elle ses pensées ainsi ? Pourquoi nommaient-elles les choses de cette manière ?
Emportée dans un tourbillon frappant de trop de tourments son âme perdue, elle se désintéressa un instant des réponses qu’elle ne trouverait pas, n’ayant déjà aucun souvenir. La forêt de neige… voilà à quoi prêter attention. Après tout, elle s’y trouvait !

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Elle fit quelques pas dans les névès lui arrivant aux chevilles.
Elle s’aperçut qu’elle était pieds nus. Elle n’avait pourtant pas froid !
Partout la neige recouvrait de son voile scintillant de milles éclats chaque chose. Les arbres au tronc si fort n’y échappaient pas, leurs branches ployant sous le poids de cette substance sans matière.
Les rochers disparaissaient, mousses et lichens tentaient de se frayer un chemin pour lui échapper mais tout était figé par cette gangue figeant le temps et le mouvement. La terre respirait au-dessous mais on ne l’entendait plus ; les clapotis d’un ru un peu plus loin tentant de se frayer un lit au-dessous… vaine tentative.
Pourquoi n’avait-elle pas froid ? Mais la vraie question n’était-elle pas plutôt de comprendre pourquoi craignait-elle d’avoir froid ? Après tout elle ne savait même pas qui elle était…
Le clapotis de nouveau.
Une petite mare avait courageusement résisté à la torpeur de l’Elément poudrant d’un sommeil éternel ce qui rentrait en contact avec lui. Elle se précipita sans pourtant laisser d’empreintes derrière-elle mais elle ne se rendit pas compte.
Elle se mirait déjà.
Quelle étrange créature… mais quelle beauté !
Elle sourit. Oh, ses petites dents ! La neige semblait bien pâle à côté de leur éclat.
Ses cheveux épais et ondulés, là-encore plus noir que la nuit au-dessus d’elle, dansaient à chacun de ses mouvements. Les plus longues mèches frottaient de leurs boucles sauvages ses frêles épaules dénudées.
Elle n’était vêtue que d’une simple robe semblant cousue d’un doux velours au bleu profond et veiné de belles rayures pourpres. C’était très beau. Enfin elle trouvait cela beau.
Elle se trouvait belle et étrangement amusante. Oui charmante sans aucun doute.

(À suivre…)

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