Le Vent et la Mer

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Le Vent et la Mer

À l’aube une Mer froide et houleuse
S’en pris à un Vent d’autan,
Passant là comme un ouragan,
L’invectivant alors d’écumes rageuses.
« Encore vous pour de ma surface
En faire vilaine grimace ! »
L’eau tourbillonne
Et notre mugissant s’en étonne.
« Que me vaut ce courroux
D’en être l’accusé ainsi d’un coup ! »
L’Océane s’en pâme.
« Si vous étiez venu d’une brise
J’aurais consentie à la bise
Et non à la lame.
Vous n’êtes pas là
Quand marins et pêcheurs
Ont pour moi haut-le-coeur
Et, qu’alors naufragés, ils me maudissent de leur trépas.
Que mes vagues rasent ou fracassent
Sur quoi elles déferlent
C’est toujours sur moi que les insultes perlent
Me faisant des enfers l’Abysse. »
De furie siffle notre murmurant.
« Et en quelle manière
Suis-je d’en être le tourment ? »
De ses hauts-fonds, salés et amers,
Voilà notre grande bleue d’en déchaîner sa colère
Reprochant, de son trempé caractère,
Orages, cyclones, tempêtes
Et pour dire, des airs, toutes les horreurs
Faisant de leurs courants tant de malheur ! »
Notre hurlant de trouver le réquisitoire abject.
« Bientôt de votre ressac
J’aurais pour faute d’en être sous l’emprise
Moi dont le souffle en porte les gonflés sacs,
Tant emplie d’embruns, qu’à la fin, ils se brisent !
Alors, pluie, grêle, neige,
M’en voilà des Hommes d’en subir les foudres !
Passe encore pour ces bougres,
Mais vous ! Bientôt de la marée vous ferez piège
Et à la Lune
Vous lui en porterez même rancune ! »
Sur ce, de disparaître le Roi des cieux
Laissant là pantoise notre Reine des flots aqueux.

On prête souvent à l’infortune
D’être le fait d’un autre
Quand parfois elle est nôtre
Même si on la doit à nos propres lacunes !

Auteur : Val


  • Abysses : A la fois les profondeurs d’un Océan et l’un des termes désignant les Enfers.
  • Embruns : Gouttelettes d’eau salée corrosives formés par le Vent sur les crêtes des vagues ou par le ressac de la mer.
  • Ressac : Retour violent des vagues se brisant formant des embruns marins.
  • Vent d’Autan : Vent qui peut s’avérer puissant et dont la légende dit qu’il peut rendre fou, soufflant parfois sans cesse durant plus d’une semaine.
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(tiré de l'ouvrage édité : Le Fablier de Val)

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