Marie et la fabuleuse Scène

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Marie et la fabuleuse Scène

(Procès de Jean – III° et dernier Acte -)

Après le procès du plus fameux des leurs,
Ce que l’on comptait comme Fabulistes,
Dont on savait déjà des prétendants longue la liste,
Décidèrent d’entre-eux d’en élire les meilleurs :
Aussitôt, tel Dieu leur Père,
Esope en eut le plus haut ministère ;
On s’entendit pour en désigner douze autres
Qui seraient comme ses apôtres…

Bien sûr de Phèdre et de Babrius
N’en faisons point le mystère,
Tout comme Claris de Florian, chaires
Furent leurs, mais n’en disons pas plus
Ayant de cette fabuleuse Scène
Si éclectique
Et y ajoutant Bidpaï, même exotique,
Assez dépeint comme De Vinci ainsi la Cène.
Toutefois si le Diable avait avocat
La foule de ce conclave, bien facétieuse, voulut son
Judas…
… Et à qui d’autres, ayant nombreux plaidants,
D’en faire incarner le rôle fleuve au bon Jean !
« Vous pouvez bien me faire bouffon
Et me railler à cette cour
Mais le peuple, des animaux à qui je prête discours
Comme il aime les voir dépeint par Buffon,
S’en souviendra plus que chacun des nôtres,
Vous qui rechignez à m’en faire des vôtres ! »
Voilà bientôt toute l’attablée,
Se voulant de nobles gens,
De leur art à s’en disputer l’émérite talent
Comme à un banquet où l’ivresse fait grossièreté.
« Il n’y a point gloriole à quémander pour ses actes
Mais il y a honneur à les rendre à ceux les ayant inspirés !
»
De l’apostrophe tous s’en virent figés
Trouvant, ô la vile, femme d’en faire soudain l’entracte ;
Sommée de s’expliquer,
Ainsi de se présenter l’inféodée :
« Marie ai nom, et suis de France »
Fatiguée de faire à ses masculins pairs l’obligeance,
Fi de son humilité
D’avoir de ses Fables féminines tuent la primauté,
Et tant pis pour ceux qui comme La Fontaine
De la citer n’en prirent jamais la peine,
Elle eut, pour les oubliés de l’Histoire, gain de cause à sa politique
De leur laisser sa chaise vide, quittant l’assemblée d’une acerbe critique :

Même à la table des traîtres
Ou des indigents
On s’y bat pour avoir un banc
Et s’en faire de tous le maître !

Auteur : Val


Références : Esope, Phèdre, Babrius, Claris de Florian, Bidpaï et Jean de la Fontaine, sont, pour ceux l’ignorant, tous des Fabulistes.
Buffon : Naturaliste célèbre ayant dessiné toutes sortes d’animaux en un style qui lui est propre et unique en son temps.
Cène : Dernier repas de Jésus-Christ entouré de ses douze apôtres où Judas y tient une figure de traître et où l’on y note l’absence de Marie… Si l’on s’en tient à cette attablée peinte par Léonard de Vinci, à moins qu’il n’y ait à en trouver quelques codes secrets !
Marie de France : Femme méconnue du XII° Siècle qui écrivit plus de cent Fables étonnantes dont le nom est tombée dans l’oublie. Elle fut la première traductrice de l’œuvre d’Esope en Français et en composa certaines, étrangement (sic), très proche de La Fontaine ! D’elle on ne sait rien si ce n’est qu’elle se présentait ainsi : « Marie ai nom, et suis de France » (Mon nom est Marie et je suis de France).

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(tiré de l'ouvrage édité : Le Fablier de Val)

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