Mensonge et Vérité

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Mensonge et Vérité

(Hommage en rimes à la prose de Magnus Gottfried Lichtwer)

Un jour le Mensonge, à peine né,
C’était à l’Âge d’Or
Mais à la fin de son essor,
Trouva endormie la Vérité :
Aussitôt il s’empara
De son translucide apparat…

Dés lors le monde prit pour éclat
Ses faux-reflets, le portant aux nues,
Quand leur Reine réapparue
Fut moquée de son état :
Ainsi chez les fous on la chassa
Quand chez les sages on ne lui prêta
Plus la moindre petite vertu,
Choqués qu’elle se montre nue !
Nul ne lui trouvant plus de charme
La belle, en larmes,
Se retira loin de tout
Quand, sous un tas de cailloux,
Elle aperçut les habits bigarrés
Du vil les ayant avec les siens échangés…

À son tour d’enfiler du peu malin
La tenue d’Arlequin,
Usant alors des mêmes ruses
Pour qu’elle abuse
Les esprits naïfs
Amusés par son teint bien inoffensif
Ou ses mots affables :
Et, se présentant sous le nom de Fable,
Elle en eut de vrai pour chacun
Sans pourtant qu’aucun,
Bien qu’elle les leur adresse,
Ne s’y reconnaisse !

Voilà qui à la Vérité nue
Méritait d’être rendu…

Auteur : Val


Âge d’or : Communément la période la plus faste d’une personne, d’une époque, d’un concept, etc.
Affable : Aimable, de bonne compagnie.
Arlequin : Bouffon en Italie depuis le moyen-âge, comédien burlesque, mime, amuseur, narrateur et même Fabuliste. Grimé et vêtu de losanges multicolores ce Valet de théâtre est une figure incontournable de la « commedia dell'arte » italienne.
Essor : Développement ou croissance.

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(tiré de l'ouvrage édité : Drôles de Fables)

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